La légalisation des casinos en Thaïlande ?
Lundi 24 novembre 2008
Samak Sundarajev, le Premier ministre thaïlandais, soutient la légalisation des casinos et des jeux d’argent dans son pays. Cette vieille idée inquiète toujours autant l’opinion publique. En effet, il s’agit d’un projet de plusieurs millions de bahts qui ne devrait profiter qu’aux hommes politiques, aux milieux d’affaires et aux proches du pouvoir. La grande majorité des Thaïlandais n’a rien à tirer de cette réforme, pire, elle doit craindre une augmentation de ces dettes et des tensions familiales.
Les risques d’addiction
Dans cette population peu éduquée, les risques et les conséquences de l’addiction au jeu sont peu connus. Bien que les paris illégaux existent et qu’ils représentent même une véritable industrie, la société thaïlandaise ne semble pas prête à s’adapter, sans heurt, aux jeux d’argent. Selon un ancien joueur, habitué des paris sur les matchs de football, qui a contacté de lourdes dettes : « Quand j’étais étudiant, j’étais complètement accro aux paris. A l’époque, je ne me rendais pas compte des conséquences néfastes. Je n’en ai pris conscience qu’une fois que j’ai réellement commencé à en souffrir ». Sa passion du jeu l’empêche même de travailler sérieusement ses cours, tant et si bien qu’il met un terme à ses études. Il déclare ne pas être un cas isolé et connaître beaucoup de camarades endettés qui vivent dans la crainte des bookmakers.
Pourquoi légaliser les casinos ?
L’économiste Pasuk Phongpaichit rappelle que la majorité de ses concitoyens, près de 70 % des adultes, s’adonne aux paris illégaux. Mais, le projet du Premier ministre ne se réduit pas seulement à la légalisation des paris sportifs. Il compte aussi permettre l’ouverture de casinos dans cinq grands sites touristiques à Pattaya, Phuket, Khon Kaen, Chiang Mai et Hat Yai. Selon lui, ces temples du jeu pourraient dynamiser le tourisme et rapporter de l’argent grâce aux pertes des voyageurs fortunés et des flambeurs aux différentes tables de jeux comme le poker par exemple.Cette idée est ancienne mais ne semble pas plaire à l’opinion publique. Déjà, il y a 5 ans, l’ancien Premier ministre, Thaksin Shinawatra, a dû abandonner un projet similaire, devant le tollé provoqué par sa proposition de création d’un complexe de loisirs doté d’un casino à Chonburi.
Veera Somkhwamkid, secrétaire général du Réseau populaire contre la corruption, est un farouche adversaire du projet. Selon lui, la légalisation des casinos n’apportera rien à la population, seuls les membres du gouvernements et leurs proches ont quelque chose à en tirer. En effet, certains ont des parts dans les casinos des pays voisins, d’autres y jouent souvent. Contrairement aux dires des dirigeants du pays, les casinos ne devraient attirer qu’une population locale et pauvre qui perdrait le peu d’argent qu’elle a dans les paris ou les machines à sous.
Vers un référendum ?
Spécialiste en criminologie à l’université Mahidol, Atcharan Jarassawat redoute une augmentation de la délinquance. En effet, les parents n’ayant plus le temps de surveiller de près les activités de leurs enfants, si l’état légalise les casinos, les jeunes, de plus en plus livrés à eux même, risque de plonger dans l’enfer du jeu et mal tourner pour rembourser leurs dettes.
Somkiat Pongpaiboon, député du Parti démocrate, quant à lui, demande au gouvernement de prendre l’avis des thaïlandaise avant de se décider. « Nous devrions parler des mesures à mettre en place pour empêcher les jeunes de fréquenter [les casinos]. Il faudrait aussi aborder la question de la délimitation des zones où ils pourraient être autorisés à se trouver et étudier des mécanismes permettant de contrôler précisément leurs revenus. Nous ne voulons pas qu’un parti politique utilise cette idée pour courtiser un électorat, comme l’avait fait Thaksin avec son projet de loterie ».
Certaines voies se prononcent néanmoins pour la légalisation. Sangsidh Piriyarangsan, économiste à l’université Chandarakasem Rajabhat, estime que les joueurs dépenseront dorénavant leur argent dans les salles de jeux (blackjack, poker etc …) du pays et plus dans ceux des villes frontalières. Ce qui devrait stimulera l’économie thaïlandaise.