Le risque de blanchiment d’argent via les cybercasinos

Mardi 16 décembre 2008

Le Service Central de Prévention de la Corruption (SCPC) a récemment rendu public un rapport dans lequel il indique que le crime organisé tire profit de l’économie virtuel. Dès lors, le gouvernement est informé des dangers du web.

La corruption en France

Selon les chiffres, en France, l’état de la corruption n’a pas évolué. Les procès sont, à peu près, aussi nombreux depuis 10 ans. En 2006, on a dénombré une centaine de condamnation de chefs d’entreprise, d’élus ou de fonctionnaires pour corruption active ou passive. Les faits incriminés s’étaient déroulés, dans la plupart des cas, plusieurs années auparavant. Dans son nouveau rapport, le SCPC montre que ces affaires sont plutôt rares. Elles représentent 0,023 % des procès se déroulant dans les tribunaux de la région parisienne. « Des progrès en terme de détection paraissent envisageables » affirme le magistrat Michel Barrau, chef de cet organisme interministériel crée en 1993 et qui dépend du Ministre de la Justice.

Les dangers du jeu d’argent en ligne

Le rapport du SCPC pointe du doigt les dangers de la libéralisation des jeux d’argent en ligne comme le poker, la roulette etc. L’ampleur actuelle des flux suspects implique que des nouvelles formes de fraudes sont à prévoir. Elles devraient rendre toute enquête particulièrement difficile à cause du nombre élevé d’interlocuteurs. De plus, pour le grand banditisme, « il est relativement facile de blanchir des fonds illégaux à partir d’un site de jeu sur Internet » annonce le rapport. Les casinos en ligne, opèrent la plupart du temps depuis Malte ou Gibraltar pour des raisons fiscales. Ils pourraient offrir un bon moyen de récupérer des gains de jeu propres avec de l’argent sale, de la même manière que les mafias italiennes ou new-yorkaises pratiquaient le blanchiment d’argent dans les casinos terrestres.
Il existe un autre danger, celui de la corruption des compétitions sportives. Le grand banditisme pourrait payer des joueurs, des entraîneurs ou des arbitres pour qu’un match se déroule conformément au pari qu’ils ont fait. Le rapport relève que les autorités mondiales du football sont déjà vigilantes sur l’activité des bookmakers, mais « il serait souhaitable que les lobbyistes et les États qui prônent l’ouverture à la concurrence de ce secteur prennent conscience qu’il ne s’agit pas d’une activité économique ordinaire mais d’un secteur dans lequel le risque est patent, connu, irréfutable et que le choix de l’absence de contrôle pourrait favoriser la criminalité ».

La difficulté de retracer les flux financiers empruntés

Le rapport du SCPC parle brièvement de l’affaire du cercle Concorde qui est fermé, depuis un an, à cause d’un procès pour association de malfaiteurs, extorsion de fonds et corruption, en indiquant : « des exemples récents montrent qu’il est difficile de contrôler des jeux installés physiquement sur un territoire. Qu’en sera-t-il alors, si on y ajoute l’utilisation d’Internet et des paradis fiscaux ? ». En effet, que ce soit la lutte contre le crime organisé qui tire profit des casinos en ligne ou les grandes affaires financières internationales, ces enquêtes se heurtent aux mêmes problèmes : la difficulté de retracer les flux financiers empruntés.

Selon, le juge financier Renaud Van Ruymbeke, « face aux détournements menés par le biais de circuits offshore, il faudrait s’interroger sur des mesures comme la levée du secret bancaire en Suisse, au Liechtenstein, à Gibraltar ou aux îles Caiman, mais on se heurte à des résistances très fortes ».

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